La dépression n’est pas qu’une question de tristesse
On associe la dépression à une immense tristesse. Pourtant, cette représentation simplifiée ne correspondrait pas à ce que vivent les personnes qui en souffrent, selon une nouvelle étude menée par Serge Lecours, professeur au Département de psychologie de l’Université de Montréal, et son étudiant Alexis Gondolff auprès de plus de 60 adultes de la région montréalaise.
Les résultats montrent notamment que la gravité des symptômes dépressifs est fortement associée à l’hostilité dirigée contre soi ainsi qu’à une difficulté à mentaliser la tristesse, c’est-à-dire à reconnaître et à mettre en mots cette émotion.
L’étude repose sur une distinction importante dans la régulation émotionnelle. D’une part, il y a la dimension quantitative, qui correspond à la fréquence et à l’intensité des émotions ressenties.
D’autre part, il existe une dimension qualitative: la capacité à mentaliser les émotions, c’est-à-dire à les reconnaître, à les comprendre et à les exprimer mentalement à l’aide de mots ou d’images. «La mentalisation consiste à transformer ce qui se passe dans son corps en expérience psychologique, explique Serge Lecours. Quand on peut dire “Je me sens triste, anxieux” ou “J’ai le blues”, on est déjà en train de réfléchir à l’émotion ressentie.»
À l’inverse, une émotion peu mentalisée reste plus proche du corps ou de l’action. Ainsi, une personne pourrait décrire son état en disant qu’elle se sent épuisée, ralentie ou sans énergie, sans nommer explicitement la tristesse sous-jacente.
Selon les résultats de l’étude, les individus présentant davantage de symptômes dépressifs ont tendance à mentaliser moins bien leur tristesse. «Chez certaines personnes dépressives, la tristesse n’est pas vraiment reconnue comme telle, indique Serge Lecours. Elle se manifeste plutôt sous forme de détresse ou de sensations corporelles.» Cette observation rejoint d’ailleurs certains symptômes de la dépression, comme la fatigue, la perte d’énergie ou les difficultés de concentration.
Ces résultats pourraient contribuer à mieux comprendre la dépression et à orienter certaines interventions thérapeutiques.
Si la dépression était simplement une tristesse intense, le travail du thérapeute consisterait principalement à accompagner cette émotion. Mais dans bien des cas, la réalité est différente. «Les personnes dépressives se trouvent dans un état plus douloureux. Elles ont besoin qu'on soit plus présent, plus validant, plus consolant. Elles ont souvent tendance à être très sévères envers elles-mêmes, mentionne Serge Lecours. Une partie du travail thérapeutique consiste alors à leur faire remarquer cette autocritique.»
Le thérapeute vient également aider le patient à mettre des mots sur son expérience émotionnelle, ce qui permet de mieux comprendre et réguler ce qu’il ressent. «Quand une émotion est mieux mentalisée, elle devient souvent plus tolérable, conclut Serge Lecours. On peut commencer à la réfléchir plutôt que simplement la subir.» Mieux comprendre la manière dont les émotions sont vécues dans la dépression pourrait ainsi permettre d’affiner les approches thérapeutiques et de répondre plus efficacement aux besoins des personnes qui en souffrent.
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